Q :  Peux-tu te prĂ©senter et nous raconter comment est nĂ©e ta passion pour l’aviation ?

Je m’appelle Charline, j’ai 40 ans et je suis maman de trois enfants : deux garçons et une petite fille d’un peu plus d’un an. Je suis pilote privée depuis 2019, titulaire du PPL, et je vole à l’Aéroclub de l’Hérault. Aujourd’hui, je suis en reconversion professionnelle pour devenir pilote de ligne. J’avais commencé ma formation ATPL à l’ESMA Aviation Academy à Montpellier, mais l’école a fermé, donc je vais devoir poursuivre dans un autre établissement. En parallèle, je partage aussi ma passion pour l’aviation sur Instagram, où je documente mon parcours.

Je pense qu’inconsciemment, cette passion a toujours été là. Petite, je voulais être astronaute. J’étais fascinée par Claudie Haigneré, au point d’avoir son poster dans ma chambre. J’ai aussi grandi dans une famille où l’aviation était très présente : mon grand-père était pilote sur Dakota DC-3 pendant la guerre d’Indochine, un cousin était pilote de chasse, une cousine hôtesse de l’air chez Air France, et la marraine de ma fille est commandant de bord chez Air France sur Boeing 787.

Mais le véritable déclic est venu plus tard, par l’intermédiaire de mon fils aîné. Lors d’un voyage à Miami, alors qu’il avait deux ans, il est devenu complètement passionné par les avions. En le regardant, j’ai retrouvé la petite fille que j’étais, passionnée par l’espace, les étoiles et tout ce qui vole. Ensuite, une rencontre avec une jeune femme en formation de pilote m’a permis de découvrir qu’il était possible de voler en loisir. J’ai fait un vol d’initiation, et là, ça a été une révélation immédiate : je me suis inscrite dès mon retour.

Q :  Ton parcours est loin d’être classique. Peux-tu nous raconter les grandes étapes de ton parcours et les difficultés que tu as rencontrées ?

Oui, mon parcours est assez atypique. J’ai obtenu un bac scientifique à 17 ans, puis j’ai commencé une première année de médecine. Ensuite, je me suis orientée vers des études d’orthoptie. Pendant dix ans, j’ai travaillé en chirurgie ophtalmologique, dans un grand cabinet à Montpellier.

En parallèle, j’ai aussi obtenu une licence de psychologie, que j’ai suivie parce que cette discipline me passionnait. Puis, j’ai changé totalement de voie en ouvrant plusieurs restaurants, avec un objectif très précis : financer mes études de pilote. La restauration n’était pas une vocation en soi, mais un moyen de me donner les ressources nécessaires pour avancer vers ce rêve.

Aujourd’hui, je suis dans une nouvelle reconversion : celle qui me mène enfin vers l’aviation professionnelle.

Mon parcours n’a pas toujours Ă©tĂ© simple. J’ai dĂ» faire face Ă  plusieurs difficultĂ©s, qu’elles soient personnelles, familiales ou financières. Comme beaucoup de personnes en reconversion, il a fallu trouver le temps, les ressources et l’Ă©nergie pour poursuivre mon projet.

Aujourd’hui, j’Ă©lève seule mes trois enfants. Cela demande beaucoup d’organisation, mais je garde toujours mon objectif en tĂŞte.

Avec le recul, je crois que le plus grand obstacle a surtout Ă©tĂ© l’auto-censure. Pendant des annĂ©es, j’ai entendu que devenir pilote ou astronaute n’Ă©tait pas fait pour moi. Ă€ force de l’entendre, j’ai fini par le croire.

Aujourd’hui, je sais qu’il ne faut jamais laisser les autres dĂ©finir nos limites. Ce sont souvent les barrières que l’on s’impose Ă  soi-mĂŞme qui sont les plus difficiles Ă  dĂ©passer.

Q :  Qu’est-ce qui t’a le plus surprise en dĂ©couvrant le monde de l’aĂ©ronautique ?

La bienveillance. J’ai découvert une vraie grande famille. Dans l’aéronautique, il y a énormément de transmission, de solidarité, d’entraide entre générations. Les anciens adorent partager leur expérience, et ça m’a énormément touchée.

J’ai aussi été frappée par le fait qu’on n’arrête jamais d’apprendre. C’est un milieu où l’on continue sans cesse à se former, à progresser, à se remettre à niveau. Et c’est précisément ce que j’aime.

Q :  Tu es actuellement en formation ATPL. En quoi consiste cette formation et à quoi ressemble ton quotidien ?

L’ATPL, c’est la partie théorique indispensable pour devenir pilote de ligne. Il y a plusieurs modules à travailler : météo, navigation, performances, connaissance de l’avion, réglementation, etc. Il faut beaucoup réviser et s’entraîner avec des QCM, puis passer des examens dans des centres agréés.

Il existe deux voies : la formation en présentiel dans une école, ou la voie modulaire à distance. C’est cette deuxième option que j’ai choisie, car elle est plus compatible avec ma vie de maman et mon rythme actuel.

Aujourd’hui, j’étudie surtout à distance, sur ordinateur. J’avance sur les cours théoriques, je fais des séries de QCM et je m’organise comme je peux avec mes enfants. Ce n’est pas le parcours le plus simple, mais c’est une formule qui permet de continuer malgré une vie de famille chargée.

L’avantage, c’est que j’ai déjà mon PPL et presque toutes mes heures de mûrissement. Je ne pars donc pas de zéro, ce qui représente un gain de temps et d’argent important.

Q :  Est-ce que devenir pilote est accessible à tous ? Quelles sont les qualités nécessaires pour réussir ?

Devenir pilote est avant tout une question de passion et de volontĂ©. Bien sĂ»r, avoir une base scientifique peut aider, mais ce n’est pas un mĂ©tier rĂ©servĂ© Ă  une Ă©lite scolaire. J’ai rencontrĂ© des personnes aux parcours très diffĂ©rents, y compris des personnes en reconversion, qui ont rĂ©ussi.

La rĂ©ussite repose surtout sur la rĂ©gularitĂ©, la persĂ©vĂ©rance et la capacitĂ© Ă  garder le cap lorsque les difficultĂ©s se prĂ©sentent. Quand on aime profondĂ©ment ce que l’on fait, on trouve toujours la force d’avancer.

La formation est accessible Ă  tous ceux qui sont rĂ©ellement motivĂ©s. On y retrouve des jeunes, mais aussi des parents, des personnes en reconversion ou encore des profils qui n’Ă©taient pas forcĂ©ment les « meilleurs Ă©lèves » sur le papier. Ce qui compte vraiment, c’est l’envie, l’engagement et la capacitĂ© Ă  ne pas abandonner.

Mon conseil est simple : il faut oser. Il ne faut surtout pas s’auto-censurer. On risque quoi, au fond ? De ne pas y arriver ? Peut-ĂŞtre. Mais au moins, on aura essayĂ©. Le pire, ce sont les regrets. Moi, j’ai abandonnĂ© certains rĂŞves parce qu’on m’avait convaincue qu’ils Ă©taient impossibles. Aujourd’hui, je sais qu’il ne faut jamais renoncer Ă  ce qui nous anime profondĂ©ment.

Q :  Tu es aussi pilote privĂ©e en aĂ©roclub. Qu’est-ce que le pilotage t’apporte et quels souvenirs t’ont le plus marquĂ©e ?

Le pilotage m’apporte Ă©normĂ©ment de bonheur. Voler, pour moi, c’est prendre de la hauteur, au sens propre comme au sens figurĂ©. Dès que je suis en l’air, j’oublie mes soucis. Je ressens une immense libertĂ© et une forme de sĂ©rĂ©nitĂ© très forte.

Chaque vol est diffĂ©rent. MĂŞme lorsque l’on refait le mĂŞme trajet plusieurs fois, on continue de s’Ă©merveiller. Voir sa ville d’en haut, redĂ©couvrir les paysages ou partir dĂ©jeuner en Corse dans la journĂ©e, c’est un privilège incroyable. Le pilotage est devenu un vĂ©ritable exutoire.

Parmi mes plus beaux souvenirs, il y a un vol au coucher du soleil, au-dessus d’une mer de nuages. Le ciel Ă©tait rose, orange, absolument magnifique. J’avais l’impression d’ĂŞtre au paradis. J’ai Ă©galement vĂ©cu des expĂ©riences extraordinaires en voltige, en patrouille ou encore en hĂ©licoptère, oĂą j’ai eu la chance de prendre les commandes d’un Robinson R66 lors d’un shooting photo. Grâce Ă  mon compte Instagram, j’ai eu accès Ă  des opportunitĂ©s incroyables.

Mais le pilotage m’a surtout permis de reprendre confiance en moi. Chaque Ă©tape a reprĂ©sentĂ© une victoire : le premier solo, les examens thĂ©oriques ou encore la qualification de nuit.

Mon premier solo restera gravĂ© dans ma mĂ©moire. En finale, je me suis dit : « Tu n’as pas le choix, tu vas poser cet avion seule. » Ă€ ce moment-lĂ , j’ai pensĂ© Ă  mon fils, qui disait qu’il mettait son « armure d’Iron Man » lorsqu’il avait peur Ă  l’Ă©cole. Alors j’ai imaginĂ© enfiler, moi aussi, cette armure. J’ai posĂ© l’avion. Ce jour-lĂ , j’ai compris que j’en Ă©tais capable. Cela a Ă©tĂ© un vĂ©ritable dĂ©clic.

Je recommande d’ailleurs Ă  tous ceux qui s’intĂ©ressent Ă  l’aĂ©ronautique de commencer par le PPL. C’est une formidable porte d’entrĂ©e pour dĂ©couvrir le pilotage, comprendre le fonctionnement de cet univers et confirmer que cette passion est bien faite pour eux. C’est une expĂ©rience extrĂŞmement formatrice, aussi bien sur le plan humain que technique.

Q :  Tu partages ton parcours sur Instagram avec une communauté très importante. Pourquoi avoir créé ce compte et que souhaites-tu transmettre ?

Au dĂ©part, ce compte n’avait rien d’un projet rĂ©flĂ©chi. Il est nĂ© dans un contexte personnel compliquĂ©. Comme je ne pouvais pas parler d’aviation sur mes rĂ©seaux personnels, j’ai créé un compte entièrement dĂ©diĂ© Ă  cette passion : Flying Charline. Contre toute attente, la communautĂ© a grandi très rapidement, jusqu’Ă  dĂ©passer les 100 000 abonnĂ©s en seulement onze mois.

Je pense que mon profil a parlĂ© Ă  beaucoup de personnes : une maman, en reconversion, passionnĂ©e d’aviation et Ă©voluant dans un milieu encore très masculin.

Ă€ travers ce compte, je souhaite avant tout transmettre de la passion, de l’Ă©merveillement et de l’espoir. J’ai envie de montrer qu’on peut ĂŞtre mère, ĂŞtre fĂ©minine et avoir toute sa place dans un cockpit. Je veux aussi rappeler que les rĂŞves restent accessibles, mĂŞme lorsque le chemin paraĂ®t plus compliquĂ©.

Instagram m’a permis de vivre des moments extraordinaires, notamment celui de rencontrer Claudie HaignerĂ©. C’Ă©tait mon idole d’enfance. Grâce Ă  un Ă©vĂ©nement auquel j’ai Ă©tĂ© invitĂ©e, j’ai enfin pu Ă©changer avec elle. Symboliquement, c’Ă©tait un moment très fort.

Mais la plus belle rĂ©compense reste les messages que je reçois. Lorsque de jeunes filles viennent me voir en meeting ou m’Ă©crivent : « Si toi tu l’as fait, alors peut-ĂŞtre que moi aussi je peux. », je me dis que ce que je partage a rĂ©ellement du sens.

Q : Tu prends rĂ©gulièrement la parole pour encourager les jeunes Ă  se lancer dans l’aĂ©ronautique. Quel message souhaites-tu leur transmettre ?

Je pense que nous avons besoin de modèles. Quand j’Ă©tais petite, il y avait très peu de femmes auxquelles m’identifier dans le milieu aĂ©ronautique. Heureusement, les choses Ă©voluent, mais il est important de continuer Ă  montrer que ces carrières sont accessibles Ă  toutes et Ă  tous.

C’est pour cette raison que j’interviens dans des Ă©coles, lors d’Ă©vĂ©nements ou tout simplement Ă  travers mes rĂ©seaux sociaux. J’ai envie de montrer qu’il est possible d’oser, de suivre sa passion et de construire le parcours qui nous ressemble.

Mon chemin n’a pas toujours Ă©tĂ© simple. J’ai parfois entendu que je ne serais jamais pilote, qu’une femme Ă©tait davantage faite pour servir le cafĂ© dans un avion que pour ĂŞtre aux commandes. On m’a aussi reprochĂ© de voler tout en Ă©tant maman. Ces remarques existent encore, mais elles ne doivent pas empĂŞcher d’avancer.

Je constate malgré tout une évolution très positive. On voit de plus en plus de femmes pilotes, ingénieures, contrôleurs aériens ou astronautes. Plus ces parcours seront visibles, plus les jeunes pourront naturellement se projeter dans ces métiers, sans se fixer de barrières.

Le message que j’aimerais transmettre est simple : osez. Ne vous auto-censurez jamais. On entend souvent que certains rĂŞves sont trop ambitieux ou irrĂ©alistes. Pourtant, le pire n’est pas d’Ă©chouer, mais de ne jamais essayer.

Si je pouvais revenir en arrière, je me dirais une seule chose : crois davantage en toi et n’Ă©coute pas ceux qui prĂ©tendent savoir ce dont tu es capable.

Aujourd’hui, je continue d’avancer vers mon objectif de devenir pilote de ligne. Et si mon parcours peut donner Ă  d’autres l’envie de croire en leurs rĂŞves et de se lancer Ă  leur tour, alors j’aurai atteint une partie de mon objectif.

Q : Beaucoup pensent uniquement au mĂ©tier de pilote. Pourquoi choisir la filière aĂ©ronautique aujourd’hui et quels autres mĂ©tiers mĂ©riteraient d’ĂŞtre connus ?

Il y en a énormément. Les mécaniciens, par exemple, sont essentiels : sans eux, aucun avion ne vole. Les contrôleurs aériens jouent aussi un rôle fondamental. Il y a également les ingénieurs, les techniciens, tous les métiers liés à la maintenance, à la sécurité, à l’exploitation, à la communication ou encore à l’innovation.

L’aéronautique, ce n’est pas un seul métier prestigieux : c’est toute une chaîne de compétences complémentaires.

Parce que c’est un secteur passionnant, vivant, qui évolue sans cesse. C’est un domaine qui ne cessera jamais d’innover, y compris sur les enjeux environnementaux. Il y a énormément de métiers, beaucoup de perspectives, et surtout une vraie dimension de passion.

La passion, la rigueur, la constance, la curiosité et la capacité à apprendre en permanence. Il faut aimer progresser, se remettre en question, travailler avec les autres et s’accrocher.

Q : Quels sont tes objectifs pour la suite ? Et si tu pouvais rĂ©sumer en une phrase pourquoi se lancer dans l’aĂ©ronautique ?

Je commencerais plus tôt, et surtout je ne m’auto-censurerais pas. Je me dirais de croire plus fort en mes rêves. Mais je n’ai pas de regrets : tout ce que j’ai vécu m’a construite, et m’a menée jusqu’ici.

À court terme, continuer à voler, garder la main et avancer dans mes heures de mûrissement. Ensuite, dès que ma petite fille sera scolarisée, reprendre sérieusement mon ATPL et poursuivre mon parcours vers le métier de pilote de ligne.

Je veux aussi continuer à faire vivre mon compte Instagram, participer à des meetings, rencontrer des passionnés et continuer à transmettre ce message : c’est possible, il ne faut jamais renoncer à ses rêves.

Si je devais résumer en une phrase pourquoi il faut se lancer dans l’aéronautique, je dirais simplement :

« Parce que c’est un domaine passionnant, dans lequel on n’arrête jamais d’apprendre, où l’on fait des rencontres extraordinaires et où l’on ne s’ennuie jamais. »

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