Q :  Pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre environnement professionnel ?
Je suis Lionel BIREE, CEO dâELIOS SPACE, une sociĂ©tĂ© française spĂ©cialisĂ©e en ingĂ©nierie, consulting et formation dans le domaine du Space Situational Awareness (SSA).
ELIOS SPACE accompagne des entreprises et des institutions sur les enjeux liĂ©s Ă la surveillance de lâespace (SST), Ă la mĂ©tĂ©orologie spatiale (SWE), aux objets gĂ©ocroiseurs (NEO) ainsi quâaux problĂ©matiques Ă©mergentes du Space Traffic Management (STM).
Mon activitĂ© se situe Ă lâinterface entre expertise scientifique, analyse stratĂ©gique et accompagnement opĂ©rationnel.
Parcours académique
Q :  Quelles études avez-vous suivies ?
AprĂšs ma terminale, jâai intĂ©grĂ© lâarmĂ©e de lâair. Mon parcours acadĂ©mique sâest ensuite construit progressivement, en parallĂšle de ma carriĂšre professionnelle.
Jâai obtenu une certification de premier opĂ©rateur dâinformations aĂ©ronautiques et assistance en vol (Ă©quivalence niveau 5). AnimĂ© par ma passion pour lâastronomie, jâai poursuivi avec plusieurs DiplĂŽmes Universitaires :
- « Exploration et connaissance de lâUnivers »
- « Structures de lâUnivers »
- « Astronomie et mécanique céleste »
Par la suite, jâai validĂ© une certification dâingĂ©nieur de recherche en aĂ©rospatial (Ă©quivalence niveau 8) ainsi quâun certificat de base en mĂ©tĂ©orologie dĂ©livrĂ© par MĂ©tĂ©o France.
Q : Â Pourquoi avez-vous choisi cette voie ?
Jâai choisi cette voie par passion. Depuis toujours, je suis fascinĂ© par lâastronomie et lâastronautique. IntĂ©grer lâarmĂ©e de lâair a Ă©tĂ© pour moi une premiĂšre Ă©tape cohĂ©rente vers cet univers, qui mâa permis dâallier engagement professionnel et intĂ©rĂȘt pour le domaine aĂ©rien et spatial.
Q : Y a-t-il eu des obstacles ou des moments déterminants dans votre parcours académique ?
Oui, bien sĂ»r. Jâai notamment dĂ» effectuer une remise Ă niveau en anglais et en mathĂ©matiques. Ces Ă©tapes ont Ă©tĂ© dĂ©terminantes. Elles mâont appris que les lacunes ne sont pas des barriĂšres dĂ©finitives : avec du travail et de la persĂ©vĂ©rance, on peut les transformer en forces.
Parcours professionnel
Q :Â Pouvez-vous nous raconter votre parcours professionnel ?
Jâai intĂ©grĂ© lâarmĂ©e de lâair en mars 1992. AprĂšs une formation militaire et professionnelle en tant que contrĂŽleur aĂ©rien, jâai changĂ© de spĂ©cialitĂ© au bout de 18 mois pour devenir opĂ©rateur de surveillance aĂ©rienne.
Au fil des annĂ©es, jâai gravi les diffĂ©rents Ă©chelons, du brevet Ă©lĂ©mentaire au statut de cadre de maĂźtrise, en une douzaine dâannĂ©es. Jâai occupĂ© plusieurs postes Ă responsabilitĂ©.
En 2008, jâai Ă©tĂ© mutĂ© dans une unitĂ© dĂ©diĂ©e Ă la surveillance de lâespace. Sa mission consistait Ă suivre, identifier et analyser lâensemble des objets spatiaux. Ce fut un tournant majeur : jâai pu travailler directement dans le domaine qui me passionne.
Jâai dĂ©veloppĂ© des projets innovants rĂ©pondant aux besoins opĂ©rationnels de mon unitĂ© et jâai terminĂ© chef de division technico-opĂ©rationnelle. JâĂ©tais notamment responsable des analyses avancĂ©es de comportements orbitaux, de rĂ©tro-ingĂ©nierie mission et de projets dâinnovation.
Cette expĂ©rience mâa permis dâobtenir une certification dâingĂ©nieur de recherche en aĂ©rospatial et de poursuivre mon engagement dans le domaine spatial.
Q : Â En quoi consiste votre poste aujour’hui ?Â
Aujourdâhui, jâexerce une activitĂ© dâexpert et de consultant en mĂ©tĂ©orologie de lâespace et en Space Situational Awareness (SSA).
Jâanalyse et jâinterprĂšte lâenvironnement spatial – activitĂ© solaire, conditions gĂ©omagnĂ©tiques, dynamique orbitale – afin dâen Ă©valuer les impacts sur les systĂšmes spatiaux et les infrastructures critiques.
Je traduis des données scientifiques complexes en informations exploitables pour des décideurs opérationnels, civils ou militaires.
Je mĂšne Ă©galement des activitĂ©s de formation, de sensibilisation et de vulgarisation scientifique auprĂšs dâĂ©tudiants, de professionnels et dâinstitutions. Je contribue enfin Ă structurer des capacitĂ©s opĂ©rationnelles et stratĂ©giques autour du SSA et de la mĂ©tĂ©orologie de lâespace.
Q : Â Quels sont vos objectifs principaux au quotidien ?
Mon objectif principal est de rĂ©duire les risques opĂ©rationnels liĂ©s Ă lâenvironnement spatial.
ConcrĂštement, cela signifie :
- soutenir la prise de décision grùce à une analyse fiable et contextualisée,
- améliorer la résilience des systÚmes spatiaux face aux aléas naturels ou aux menaces intentionnelles,
- renforcer le lien entre recherche scientifique et besoins opérationnels,
- contribuer à la montée en compétence des acteurs du spatial par la formation et la diffusion du savoir.
Q : Avec quels métiers collaborez-vous ?
Je travaille en étroite collaboration avec :
- des ingénieurs systÚmes et opérateurs satellites,
- des analystes SSA,
- des équipes de défense et de gestion de crise,
- des chercheurs et institutions scientifiques,
- des acteurs de la formation et de la communication scientifique.
Ces Ă©changes permettent dâassurer une cohĂ©rence entre contraintes techniques, exigences opĂ©rationnelles et comprĂ©hension stratĂ©gique de lâenvironnement spatial.
Q : Pouvez-vous nous parler de projets significatifs ?
Trois grands projets ont jalonnĂ© ma carriĂšre jusqu’Ă prĂ©sent.
OSCEGEANE
OSCEGEANE est un projet consacrĂ© Ă lâĂ©tude des objets en orbite gĂ©ostationnaire, Ă environ 36 000 kilomĂštres dâaltitude. Dans cette zone stratĂ©gique Ă©voluent des satellites essentiels aux tĂ©lĂ©communications, Ă la mĂ©tĂ©o ou Ă la dĂ©fense.
Lâobjectif nâĂ©tait pas seulement de suivre leur trajectoire. Le projet visait Ă analyser leur signature lumineuse. En mesurant leur Ă©clat et en Ă©tudiant la lumiĂšre quâils rĂ©flĂ©chissent, il devient possible de mieux comprendre leur nature. On peut ainsi distinguer un satellite actif dâun dĂ©bris ou dâun objet non identifiĂ©.
Cette approche amĂ©liore la qualitĂ© des catalogues orbitaux et rĂ©duit les incertitudes lors du suivi optique. Elle enrichit les mĂ©thodes traditionnelles, qui se limitaient souvent Ă la seule mesure de position. Aujourdâhui, ces analyses sont reconnues comme utiles pour renforcer la sĂ©curitĂ© spatiale et mieux gĂ©rer le trafic en orbite.
FEDOME
FEDOME est un projet centrĂ© sur la mĂ©tĂ©orologie de lâespace. Il sâintĂ©resse aux effets de lâactivitĂ© solaire, comme les Ă©ruptions ou les tempĂȘtes de particules, qui peuvent perturber les satellites et les systĂšmes au sol.
Lâambition Ă©tait de crĂ©er un vĂ©ritable service dâalerte opĂ©rationnel. Les donnĂ©es scientifiques existaient dĂ©jĂ , mais elles nâĂ©taient pas toujours directement exploitables. FEDOME a permis de transformer ces donnĂ©es en informations claires et utilisables par des acteurs opĂ©rationnels.
Ce projet a rapprochĂ© le monde de la recherche des besoins concrets du terrain. Il amĂ©liore lâanticipation des perturbations sur les communications, la navigation ou la surveillance radar. Il a aussi contribuĂ© Ă faire reconnaĂźtre la mĂ©tĂ©o spatiale comme un enjeu stratĂ©gique pour les institutions civiles et militaires.
DEIMOS PH0
C DEIMOS PH0 explore lâutilisation de la stĂ©rĂ©oscopie spatiale. Le principe est simple : utiliser deux images prises sous des angles diffĂ©rents pour reconstruire un objet en trois dimensions.
AppliquĂ©e aux satellites et aux dĂ©bris, cette technique permet dâamĂ©liorer la prĂ©cision des donnĂ©es orbitales. Elle aide Ă calculer lâaltitude avec plus de justesse et Ă mieux comprendre la forme et lâorientation des objets.
La modĂ©lisation 3D apporte une meilleure connaissance de lâenvironnement spatial. Elle contribue Ă affiner les analyses et Ă prĂ©venir les risques de collision. Ce projet enrichit ainsi les mĂ©thodes dâobservation et renforce les capacitĂ©s de surveillance de lâespace.
 Q :  Quelles compétences les étudiants doivent-ils développer en priorité ?
Le BIA, la participation Ă des projets aĂ©ronautiques et lâexpĂ©rience de bĂ©nĂ©volat en association constituent de vĂ©ritables atouts sur un CV.
Q :  Quel conseil donneriez-vous à ceux qui hésitent à se lancer ?
Je conseille Ă tous ceux qui nâosent pas de franchir le pas et de sâinvestir dans les associations Ă©tudiantes. LâaĂ©ronautique est une vĂ©ritable famille : au fil des visites et des projets, on rencontre des personnes passionnĂ©es, qui savent transmettre, conseiller et guider. Ces Ă©changes sont prĂ©cieux, car ils permettent de sâorienter, de mieux se connaĂźtre et dâaffiner progressivement son parcours professionnel.
Conseils aux étudiants
Q : Quelles formations recommandez-vous ?
Je recommande un master ou un diplĂŽme dâingĂ©nieur en aĂ©ronautique, physique, astrophysique ou systĂšmes spatiaux. Une solide formation scientifique est essentielle.
Les compétences en programmation (Python, MATLAB, IDL), en traitement de données et en modélisation sont indispensables.
Je conseille Ă©galement dâeffectuer des stages dans des agences comme le CNES, lâESA ou dans des entreprises spĂ©cialisĂ©es afin de se confronter aux rĂ©alitĂ©s opĂ©rationnelles.
Q : Quelles compétences faut-il développer ?
Il est important de dĂ©velopper de solides compĂ©tences en programmation scientifique, ainsi que des capacitĂ©s en analyse statistique et en modĂ©lisation. Une bonne comprĂ©hension de lâintelligence artificielle constitue aujourdâhui un vĂ©ritable atout, notamment pour le traitement et lâexploitation des donnĂ©es spatiales.
Les aptitudes en communication scientifique sont également essentielles, car il faut savoir expliquer des phénomÚnes complexes de maniÚre claire et adaptée à différents publics. La capacité à travailler en équipe pluridisciplinaire est tout aussi importante, puisque le secteur spatial implique des collaborations entre ingénieurs, chercheurs, opérateurs et acteurs institutionnels.
Enfin, la maĂźtrise de lâanglais est indispensable dans ce domaine profondĂ©ment international.
Q : Quel conseil donneriez-vous pour réussir ?
Je dirais : croyez en vos rĂȘves et en votre passion. Ne vous dĂ©couragez jamais.
Perspectives du secteur
Q : Quelles sont les tendances actuelles ?
Lâindustrie spatiale connaĂźt une forte expansion, avec le dĂ©veloppement des constellations en orbite basse, la dĂ©mocratisation de lâaccĂšs Ă lâespace et lâintĂ©gration croissante de lâintelligence artificielle.
La durabilitĂ© de lâespace et la gestion des dĂ©bris deviennent des prioritĂ©s majeures. La dimension gĂ©opolitique se renforce Ă©galement.
Q : Comment votre secteur a-t-il évolué ?
Le mĂ©tier est devenu plus stratĂ©gique et multidisciplinaire. Nous ne faisons plus uniquement du suivi orbital : nous intĂ©grons lâanalyse des risques, la prĂ©diction, lâautomatisation et lâIA.
La collaboration internationale est devenue incontournable.
Q : Quels nouveaux métiers émergent ?
Dans le domaine spatial et aĂ©ronautique, de nouvelles spĂ©cialisations apparaissent, en lien avec les technologies et enjeux contemporains. Lâintelligence artificielle (IA) est lâun des secteurs qui recrutent fortement en France, car elle permet dâanalyser des volumes de donnĂ©es trĂšs importants et dâautomatiser des tĂąches complexes. Vous trouverez une prĂ©sentation de ces mĂ©tiers, des compĂ©tences requises et des formations possibles sur le site du CIDJ, qui dĂ©taille les mĂ©tiers qui recrutent dans lâIA et comment sây prĂ©parer.
La cybersĂ©curitĂ© est Ă©galement un domaine en expansion, car les systĂšmes spatiaux et aĂ©ronautiques doivent ĂȘtre protĂ©gĂ©s contre les attaques et les intrusions. Pour dĂ©couvrir des fiches mĂ©tiers prĂ©cises et des tĂ©moignages de professionnels français dans les secteurs de lâIA et de la cybersĂ©curitĂ©, le site Welcome to the Jungle propose un guide complet qui prĂ©sente les rĂŽles, les parcours et les compĂ©tences Ă dĂ©velopper.
Du cĂŽtĂ© de la production industrielle avancĂ©e, la fabrication additive (ou impression 3D) est devenue une compĂ©tence recherchĂ©e, notamment dans les bureaux dâĂ©tudes et les ateliers de production des acteurs aĂ©ronautiques et spatiaux. La capacitĂ© Ă maĂźtriser ces technologies devient un atout pour concevoir des piĂšces lĂ©gĂšres, performantes et adaptĂ©es aux contraintes de lâespace.
La simulation numĂ©rique et les technologies immersives (rĂ©alitĂ© virtuelle ou rĂ©alitĂ© augmentĂ©e) prennent aussi une place importante dans la conception, la formation et la prĂ©paration de missions. Ces technologies permettent de crĂ©er des environnements virtuels pour tester des concepts, former des opĂ©rateurs ou simuler des scĂ©narios complexes, ce qui est trĂšs utile dans des secteurs aussi exigeants que lâaĂ©ronautique ou le spatial.
Enfin, tous ces nouveaux mĂ©tiers et compĂ©tences se retrouvent aussi chez les grands acteurs du secteur en France, comme le Centre national dâĂ©tudes spatiales (CNES). Sur le site du CNES, vous pouvez consulter les mĂ©tiers existants, les offres dâemploi et les voies de carriĂšres possibles dans des domaines trĂšs variĂ©s, de lâingĂ©nierie logicielle Ă la propulsion en passant par lâanalyse de donnĂ©es spatiales.
Conclusion
Q : Pourquoi aimez-vous votre métier ?
Jâaime mon mĂ©tier parce quâil allie rigueur scientifique et impact concret. JâapprĂ©cie dâanalyser lâenvironnement orbital, de contribuer Ă la sĂ©curitĂ© des satellites et de participer Ă la rĂ©silience des infrastructures spatiales.
Je trouve également une grande satisfaction dans la transmission du savoir et dans les échanges avec des experts internationaux.
Q : Quelle est votre plus grande fierté professionnelle ?
Le dĂ©veloppement du premier systĂšme opĂ©rationnel dâalerte et de prĂ©vision en mĂ©tĂ©orologie de lâespace avec FEDOME, ainsi que les premiĂšres caractĂ©risations spectromĂ©triques dâobjets en orbite gĂ©ostationnaire, travaux confirmĂ©s par lâONERA.
Q : Un message pour les étudiants ?
Transformez votre passion en force. Câest elle qui peut vous conduire Ă la rĂ©ussite, mĂȘme en dehors des sentiers battus.
Formez-vous Ă l’aĂ©ronautique et au spatial !
Découvrez les formations qui vous permettront de décrocher un emploi ou de parfaire vos connaissances sur la filiÚre aéronautique et spatiale.