IngĂ©nieure aĂ©ronautique et crĂ©atrice de contenu passionnĂ©e, Ălodie Brunot incarne une nouvelle gĂ©nĂ©ration dâambassadrices qui font bouger les lignes dans lâaĂ©ronautique. DiplĂŽmĂ©e de lâESTACA et aujourdâhui ingĂ©nieure au sein de Safran, elle est Ă©galement la fondatrice de @passionaeroo, un mĂ©dia de vulgarisation qui rassemble une communautĂ© de plus de 120 000 abonnĂ©s.
Ă travers son parcours singulier â marquĂ© Ă la fois par la rigueur de lâingĂ©nierie et la spontanĂ©itĂ© de la transmission â Ălodie prouve quâon peut tracer sa route dans un univers technique sans renoncer Ă sa crĂ©ativitĂ©.
Dans cet entretien, elle revient sur la naissance de sa vocation, les dĂ©fis de son quotidien, et la maniĂšre dont elle conjugue deux vies complĂ©mentaires : celle dâune ingĂ©nieure exigeante et celle dâune ambassadrice passionnĂ©e du monde aĂ©ronautique.
Q : Quand et comment est nĂ©e ta passion pour lâaĂ©ronautique ?
Je viens dâun petit village de 400 habitants, au milieu des champs, en Champagne-Ardenne. Autant dire que lâaĂ©ronautique nâĂ©tait pas du tout prĂ©sente autour de moi. Un jour, jâavais environ dix ans, deux avions de chasse sont passĂ©s au-dessus de la maison. Jâai levĂ© les yeux et jâai dit Ă ma mĂšre : âJe veux faire ça !â
Ă cet Ăąge-lĂ , je ne savais mĂȘme pas que câĂ©tait un mĂ©tier. Je pensais juste Ă lâactivitĂ©, au fait de voler. Mais ma mĂšre, qui connaissait un peu ce milieu, mâa tout de suite parlĂ© des mĂ©tiers liĂ©s Ă lâaĂ©ronautique. Câest elle qui mâa mise sur la voie.
Petit Ă petit, on a commencĂ© Ă se renseigner sĂ©rieusement : aller sur des salons, rencontrer des recruteurs, poser des questions sur les sĂ©lections, les tests Ă passer, les compĂ©tences Ă dĂ©velopper. Je savais quâil fallait travailler lâanglais, le sport, la logique, la psychologie. JâĂ©tais dĂ©terminĂ©e, et ça me motivait Ă fond pour le lycĂ©e.
Depuis mes dix ans, ce rĂȘve Ă©tait devenu un vrai objectif de vie. Jâavais tout planifiĂ©. Et puis, Ă quelques semaines de lâouverture de Parcoursup, tout sâest effondrĂ©. Un recruteur mâappelle et me demande ma taille. Je lui dis â1,53 mâ et il me rĂ©pond : âAlors il va falloir grandir, madame Brunot.â
Il mâannonce que la taille minimale pour les personnels navigants militaires est de 1,60 m. Tout mon monde sâĂ©croule. Des annĂ©es de prĂ©paration, balayĂ©es en une phrase.
AprĂšs une phase de refus, je me suis accrochĂ©e Ă la seule certitude : je voulais travailler dans lâaĂ©ronautique. Ăa a Ă©tĂ© vraiment trĂšs dur Ă digĂ©rer, mais au lieu dâabandonner, jâai dĂ©cidĂ© de rebondir. Si je ne pouvais pas ĂȘtre pilote, je pouvais encore faire partie de lâaĂ©ronautique autrement. Jâai cherchĂ© une Ă©cole post-bac spĂ©cialisĂ©e et jâai dĂ©couvert lâESTACA. Je ne savais pas encore que jâallais y trouver ma place, et surtout, ma voie. Une porte sâest fermĂ©e, dâautres se sont ouvertes.
Q : Pourquoi avoir choisi lâESTACA et quâest-ce que cette formation tâa apportĂ© ?
Ă lâĂ©poque, je ne connaissais pas grand-chose aux Ă©coles dâingĂ©nieurs. Pour moi, un ingĂ©nieur, câĂ©tait quelquâun qui passait sa vie derriĂšre un Ă©cran Ă rĂ©soudre des Ă©quations. Autant dire que ce nâĂ©tait pas ce que jâimaginais pour moi.
Mais en me renseignant, jâai dĂ©couvert que certaines Ă©coles proposaient des parcours spĂ©cialisĂ©s en aĂ©ronautique, dont lâESTACA. Elle avait une trĂšs bonne rĂ©putation, des liens solides avec les entreprises, et la formation Ă©tait accessible directement aprĂšs le bac.
Les deux premiĂšres annĂ©es sont une prĂ©pa intĂ©grĂ©e, puis on entre dans le cycle ingĂ©nieur. Jâai choisi la filiĂšre aĂ©ronautique sans hĂ©siter.
HonnĂȘtement, ça a Ă©tĂ© difficile. Cinq annĂ©es intenses, trĂšs thĂ©oriques, avec beaucoup de mathĂ©matiques, de mĂ©canique, de programmation. Je nâavais pas de facilitĂ©s, alors jâai beaucoup travaillĂ©. Mais ce que jâai appris, au-delĂ des cours, câest la rigueur, la mĂ©thode et la persĂ©vĂ©rance.
Chaque fois que je doutais, je me rappelais pourquoi je faisais tout ça : pour pouvoir travailler un jour au cĆur des avions.
Q : Pourquoi avoir créé @passionaeroo et partagĂ© lâaĂ©ronautique sur les rĂ©seaux ?
Passion Aero est nĂ© pendant le confinement. Comme beaucoup dâĂ©tudiants, jâĂ©tais enfermĂ©e chez moi, coupĂ©e du terrain. Jâavais besoin de me reconnecter Ă ma passion, et de faire quelque chose dâutile.
Je me suis dit : âJe veux Ă©viter quâun jeune vive ce que jâai vĂ©cu.â Alors jâai commencĂ© Ă interviewer des professionnels de lâaĂ©ronautique sur Instagram. Deux fois par semaine, je faisais des lives oĂč chacun racontait son parcours, son mĂ©tier, ses conseils.
Q : Peux-tu nous expliquer ton mĂ©tier actuel ?Â
Aujourdâhui, je suis ingĂ©nieure mĂ©thodes dans la maintenance des trains dâatterrissage, des roues et des freins pour avions et hĂ©licoptĂšres chez SAFRAN Landing Systems.
ConcrĂštement, câest un peu comme emmener sa voiture au garage pour la rĂ©vision : on dĂ©monte, on inspecte, on rĂ©pare, on remonte. Mon rĂŽle, câest dâĂȘtre le support technique pour les Ă©quipes de lâatelier.
Je rĂ©dige aussi les gammes de travail qui dĂ©taillent toutes les opĂ©rations Ă effectuer et garantissent la traçabilitĂ© â un Ă©lĂ©ment essentiel dans lâaĂ©ronautique. Jâeffectue des Ă©tudes de comportement des piĂšces dans le temps, et je conçois des outillages pour les opĂ©rations de maintenance.
Jâadore ce mĂ©tier parce quâil est trĂšs concret : je passe une grande partie de mes journĂ©es sur le terrain, au contact des techniciens.
Ce qui mâa le plus marquĂ©e, câest la confiance quâon mâa accordĂ©e dĂšs la sortie dâĂ©cole. Travailler sur des Ă©quipements qui repartent ensuite voler, câest un sentiment incroyable.
Q : Quels sont tes plus grands défis au quotidien ?
Ce que jâaime dans ce mĂ©tier, câest quâil nây a aucune routine. Chaque jour, on rencontre des problĂ©matiques diffĂ©rentes. Le plus grand dĂ©fi, câest dâallier rĂ©activitĂ© et rigueur : quand un Ă©quipement est bloquĂ©, il faut vite trouver la solution, mais sans jamais transiger sur la sĂ©curitĂ©.
Il faut aussi ĂȘtre capable de travailler en duo ingĂ©nieur-technicien. On nâa pas la mĂȘme vision, pas les mĂȘmes rĂ©flexes, mais câest cette complĂ©mentaritĂ© qui fait avancer les choses. Et puis il y a la traçabilitĂ© : tout doit ĂȘtre documentĂ©, justifiĂ©, archivĂ©. Dans lâaĂ©ronautique, rien ne sâimprovise.
Le concept a plu, et Ă la fin du confinement, jâai voulu aller plus loin. Je suis allĂ©e dans les entreprises, jâai filmĂ© les gens dans leur environnement, montrĂ© leurs gestes, leurs outils, leur rĂ©alitĂ©. Parce quâon ne peut pas rĂȘver dâun mĂ©tier quâon ne voit jamais.
Aujourdâhui, @passionaeroo, câest une communautĂ©, mais aussi une mission : rendre lâaĂ©ronautique accessible, dĂ©mocratiser ses mĂ©tiers et donner des repĂšres concrets.
Q : Comment concilies-tu ingénierie et création de contenu ?
Quand jâai commencĂ© Ă travailler, jâai vite compris que je ne pourrais pas abandonner @passionaeroo. Jâen avais besoin pour mon Ă©quilibre.
Au moment de mon embauche chez Safran, jâai pris un risque : jâai nĂ©gociĂ© un temps partiel, quatre jours pour Safran et un jour pour @passionaeroo.
Je voulais que tout soit clair et acté, pas de demi-mesure. Et à ma grande surprise, mon manager a accepté.
Câest un Ă©quilibre parfait : les deux univers se nourrissent mutuellement. Mon mĂ©tier dâingĂ©nieure mâapporte la crĂ©dibilitĂ© technique, et @passionaeroo me permet de partager, de vulgariser et dâinspirer. »
Q : Selon toi, quelles sont les Ă©volutions majeures Ă venir dans lâaĂ©ronautique ?
Le secteur vit une pĂ©riode passionnante. Le grand enjeu, câest Ă©videmment la dĂ©carbonation. On repense tout : la conception, les matĂ©riaux, les systĂšmes, les carburants. Et lâintelligence artificielle arrive aussi en force, dans la maintenance, la conception, le pilotage.
Ces transformations vont crĂ©er de nouveaux mĂ©tiers quâon ne connaĂźt mĂȘme pas encore. Câest un secteur qui bouge, qui se remet en question, et qui cherche des gens prĂȘts Ă inventer le futur.
On nâarrĂȘtera pas de voler. Lâenjeu, câest de voler mieux.
Q : Le message que tu aimerais adresser aux jeunes ?
Le mot que je rĂ©pĂšte tout le temps, câest osez.
Osez, parce que vous ne regretterez jamais dâavoir essayĂ©. Vous regretterez seulement de ne pas lâavoir fait.
Les parcours ne sont pas linĂ©aires, et câest normal. Il nây a pas de voie toute tracĂ©e. On peut se tromper, se rĂ©orienter, recommencer. Lâimportant, câest de rester fidĂšle Ă ce qui vous anime.
Jâai interviewĂ© des gens qui se sont reconvertis Ă 30 ou 40 ans. Certains Ă©taient coiffeurs, dâautres chauffeurs, et aujourdâhui ils travaillent sur les avions. Tout est possible, Ă condition dây croire.
Q : Une anecdote ou un moment marquant ?
Je crois que le moment le plus marquant restera toujours ce coup de fil oĂč on mâa dit : âIl va falloir grandir.â
Câest dur dâimaginer Ă quel point sept centimĂštres peuvent changer une vie. Mais aujourdâhui, je me dis que câĂ©tait nĂ©cessaire.
Cette phrase, qui aurait pu tout arrĂȘter, a en rĂ©alitĂ© tout dĂ©clenchĂ©. Câest ce jour-lĂ que jâai compris que ma place, ce nâĂ©tait pas forcĂ©ment dans le cockpit, mais dans le monde de lâaĂ©ronautique au sens large â Ă la fois dans la technique et dans la transmission.
Q : Ta devise pour rĂ©sumer lâaventure ?
Ma devise, câest simple : croyez en vos rĂȘves et nâen laissez personne vous empĂȘcher.
Lâautocensure, câest le pire ennemi. Ensuite viennent les autres, ceux qui doutent Ă votre place.
On nâest jamais Ă lâabri dâun refus ou dâun Ă©chec, mais câest souvent lĂ que les plus belles choses commencent.
Aujourdâhui, je me dis que tout ce parcours, les obstacles, les doutes, les portes fermĂ©es⊠tout avait un sens. Si je nâavais pas vĂ©cu ça, je ne serais pas celle que je suis.
Retrouvez Elodie Brunot sur les rĂ©seaux :Â
Formez-vous Ă l’aĂ©ronautique et au spatial !
Découvrez les formations qui vous permettront de décrocher un emploi ou de parfaire vos connaissances sur la filiÚre aéronautique et spatiale.