L’aéroport n’est plus seulement un lieu de départ et d’arrivée des avions. Il devient progressivement une infrastructure connectée, capable d’exploiter les données pour améliorer son fonctionnement, automatiser certaines opérations et réduire son empreinte environnementale. Intelligence artificielle, objets connectés, robotique, nouveaux modes de mobilité ou optimisation énergétique transforment les plateformes aéroportuaires. Ces évolutions modifient également les compétences nécessaires pour les concevoir, les exploiter et les maintenir.

 

Une transformation portée par la révolution numérique

Les aéroports entrent dans une nouvelle phase de transformation, marquée par une utilisation croissante des technologies numériques. Le concept de « smart airport » traduit cette évolution vers des plateformes davantage connectées, où les données permettent de mieux coordonner les différents acteurs et d’optimiser les opérations.

Cette transformation intervient dans un contexte de reprise et d’évolution du trafic aérien. Après le choc provoqué par la crise sanitaire, le trafic français a globalement retrouvé des niveaux proches ou supérieurs à ceux de 2019, mais avec des situations différentes selon les marchés. Les statistiques de la Direction générale de l’aviation civile (DGAC) permettent notamment de suivre ces évolutions. L’enjeu pour les aéroports n’est donc pas seulement d’absorber les flux : il consiste aussi à adapter les infrastructures à des usages changeants tout en maintenant fluidité, sécurité et qualité de service.

L’intelligence artificielle prend une place croissante dans cette évolution. Elle peut contribuer à améliorer l’information des voyageurs, faciliter leur orientation ou aider à exploiter plus efficacement certaines infrastructures.

L’aéroport Lyon-Saint-Exupéry en fournit un exemple concret. En avril 2025, deux bornes interactives dotées d’un avatar 3D conversationnel ont été installées au Terminal 1. Utilisant l’intelligence artificielle, ce dispositif expérimental est capable de renseigner les voyageurs en plusieurs langues, de les orienter dans l’aéroport et de leur fournir des informations en temps réel sur leur vol et les services disponibles. Cette expérimentation d’un agent virtuel fondé sur l’intelligence artificielle constitue une illustration concrète des nouveaux usages numériques dans les terminaux.

La digitalisation du parcours passager ne signifie toutefois pas nécessairement la disparition de l’intervention humaine. Les technologies peuvent être conçues comme des outils complémentaires aux équipes d’accueil, capables de prendre en charge certaines demandes simples afin de permettre aux professionnels de se concentrer sur les situations nécessitant davantage d’accompagnement.

 

Des infrastructures connectées et automatisées

La digitalisation ne se limite pas aux services visibles par les voyageurs. Elle transforme également le fonctionnement des infrastructures aéroportuaires.

Capteurs connectés, systèmes automatisés, équipements de contrôle, outils de maintenance prédictive ou solutions numériques de gestion des installations permettent de suivre plus précisément l’état et le fonctionnement des équipements. L’objectif est de disposer d’une vision plus fine des opérations afin d’anticiper certains dysfonctionnements, d’améliorer la disponibilité des infrastructures et d’optimiser les interventions techniques.

La robotique commence également à trouver sa place dans les terminaux. En octobre 2025, Lyon-Saint-Exupéry a par exemple expérimenté Miroki, un robot social interactif installé au Terminal 1. Sa mission : accueillir et orienter les voyageurs, mais aussi contribuer à fluidifier les flux à proximité des contrôles de sécurité. L’expérimentation menée à Lyon-Saint-Exupéry permet ainsi d’étudier la manière dont la robotique peut compléter les dispositifs traditionnels d’assistance aux passagers.

Cette automatisation progressive fait évoluer les besoins techniques des aéroports. Plus les équipements deviennent connectés, plus leur exploitation nécessite des compétences en informatique industrielle, réseaux, maintenance, électronique et cybersécurité.

 

La transition écologique au cœur des stratégies aéroportuaires

La transformation numérique s’accompagne d’un deuxième chantier majeur : la réduction de l’impact environnemental des plateformes.

Les aéroports peuvent agir directement sur plusieurs sources d’émissions liées à leurs propres activités : consommation énergétique des terminaux, chauffage et climatisation, éclairage, véhicules de service ou encore équipements au sol. La rénovation énergétique des bâtiments, le développement de la production renouvelable et l’électrification progressive des véhicules et équipements constituent ainsi différents leviers d’action.

Les plateformes travaillent également sur les mobilités permettant de rejoindre l’aéroport. L’amélioration des transports collectifs, de l’intermodalité et des infrastructures de recharge pour les véhicules électriques participe à cette transformation.

Il convient néanmoins de distinguer la décarbonation de l’infrastructure aéroportuaire de celle du transport aérien dans son ensemble. Un gestionnaire d’aéroport peut agir directement sur ses bâtiments, ses véhicules et ses consommations d’énergie. Il dispose en revanche de leviers différents sur les émissions générées par les avions ou par les déplacements des voyageurs et salariés pour rejoindre la plateforme.

L’aéroport de demain devra donc agir simultanément sur son propre fonctionnement et accompagner la transformation plus large de l’écosystème aérien.

 

Une évolution qui redéfinit les métiers aéroportuaires

Ces transformations technologiques et environnementales font évoluer les métiers traditionnels des aéroports et renforcent les besoins dans de nouveaux domaines.

Les spécialistes de la cybersécurité, de la data et des systèmes informatiques côtoient désormais les ingénieurs infrastructures et les professionnels de l’exploitation aéroportuaire. L’automatisation génère également des besoins en techniciens capables d’installer, de maintenir et de superviser des équipements connectés, des systèmes de contrôle ou des dispositifs robotisés.

La transition environnementale fait parallèlement évoluer les compétences recherchées. Ingénieurs environnement, spécialistes de l’efficacité énergétique, responsables énergie, professionnels de la mobilité ou experts chargés de mesurer et de réduire les émissions peuvent intervenir dans la transformation des plateformes.

Cette évolution ne signifie pas pour autant que les métiers historiques de l’aéroport disparaissent. Les agents d’exploitation, personnels de maintenance, professionnels de la sûreté ou agents d’accueil restent indispensables. Le numérique transforme surtout leurs outils, leurs compétences et leur environnement de travail.

Pour les étudiants et les personnes en reconversion, l’aéroport devient ainsi un environnement professionnel particulièrement transversal. Informatique, électronique, énergie, maintenance, environnement, sûreté, exploitation ou relation client : la transformation des plateformes mobilise des compétences bien plus larges que les seuls métiers directement associés aux avions.

Un exemple concret en Auvergne-Rhône-Alpes : Lyon-Saint-Exupéry

L’Auvergne-Rhône-Alpes offre une illustration particulièrement concrète de ces mutations avec l’aéroport Lyon-Saint-Exupéry.

La plateforme constitue l’un des centres d’excellence pour l’innovation de VINCI Airports, consacré notamment à l’amélioration de l’expérience client. L’aéroport teste ainsi de nouvelles solutions concernant la fluidité du parcours, l’information des voyageurs et les services proposés dans les terminaux.

Cette stratégie s’appuie également sur l’écosystème régional de l’innovation. Aéroports de Lyon collabore notamment avec H7, lieu dédié à l’innovation et à l’entrepreneuriat numérique à Lyon. Les deux structures ont notamment lancé un appel à projets destiné à réinventer l’expérience des passagers, en recherchant des solutions autour de l’orientation, de l’assistance en temps réel, de l’attente, de l’intermodalité ou encore de la décarbonation.

Les expérimentations se sont ensuite multipliées. Après l’installation en 2025 des bornes dotées d’un agent virtuel reposant sur l’intelligence artificielle, Lyon-Saint-Exupéry a accueilli quelques mois plus tard le robot social Miroki. Ces projets permettent d’expérimenter concrètement la place que peuvent prendre l’IA et la robotique dans l’aéroport de demain.

La transformation est également environnementale. En 2025, Lyon-Saint-Exupéry a obtenu le niveau 5 de l’Airport Carbon Accreditation (ACA). Selon VINCI Airports, les émissions directes de CO₂ relevant des scopes 1 et 2 ont diminué de 94 % entre 2013 et 2024. La plateforme a ainsi atteint le zéro émission nette sur le périmètre direct de ses activités. VINCI Airports détaille ici la démarche de décarbonation et l’obtention de la certification ACA 5.

Cette performance doit être interprétée selon son périmètre : elle concerne les émissions directement maîtrisées par l’aéroport et ne signifie pas que l’ensemble des vols ou des déplacements associés à Lyon-Saint-Exupéry sont neutres en carbone.

L’exemple lyonnais montre néanmoins comment une plateforme régionale peut devenir un terrain d’expérimentation associant innovation numérique, nouveaux services, robotique et transformation environnementale.

Une transformation entre promesses et limites

L’aéroport du futur se dessine comme une infrastructure plus connectée, automatisée et sobre. Le numérique offre des possibilités importantes pour améliorer la qualité de service, optimiser l’utilisation des infrastructures et faciliter certaines opérations. Les stratégies énergétiques permettent parallèlement de réduire l’empreinte environnementale directement associée au fonctionnement des plateformes.

Mais cette transformation comporte également des contraintes.

Plus les aéroports deviennent numériques, plus la disponibilité et la sécurité des systèmes informatiques deviennent stratégiques. La cybersécurité, la protection des données et la résilience des infrastructures constituent donc des enjeux majeurs. La modernisation nécessite également des investissements importants et une adaptation continue des compétences.

Sur le plan environnemental, une autre limite doit être clairement identifiée : rendre un terminal ou les activités directes d’un aéroport moins carbonés ne suffit pas à décarboner le transport aérien. Les émissions liées aux vols demeurent un enjeu distinct, qui dépend notamment des évolutions des aéronefs, des carburants, des opérations et du trafic.

Le véritable défi de l’aéroport de demain consiste donc à faire converger ces transformations : utiliser les technologies numériques non seulement pour gagner en efficacité, mais aussi pour mieux gérer les ressources, faciliter les mobilités et accompagner la transition environnementale du transport aérien.

Pour conclure

La transformation des aéroports repose désormais sur la convergence entre digitalisation et transition écologique. Intelligence artificielle, robotique, infrastructures connectées et automatisation modifient progressivement le fonctionnement des plateformes, tandis que l’efficacité énergétique et la décarbonation deviennent des axes structurants de leur développement.

L’exemple de Lyon-Saint-Exupéry montre que cette évolution est déjà concrète en Auvergne-Rhône-Alpes. L’expérimentation de l’intelligence artificielle et de la robotique, les collaborations avec les start-up régionales et les actions engagées pour réduire les émissions directement liées à l’exploitation de la plateforme donnent un aperçu de ce que pourrait devenir l’aéroport des prochaines années.

Cette mutation représente enfin une opportunité pour l’emploi. Car derrière le « smart airport » se trouvent des femmes et des hommes capables de concevoir, sécuriser, maintenir et exploiter ces nouveaux systèmes. L’aéroport de demain sera donc autant une transformation technologique et environnementale qu’une transformation des métiers et des compétences.