Q :  Peux-tu te prĂ©senter et nous parler de ton parcours dans l’aĂ©rien ?

J’ai 31 ans et j’ai dĂ©couvert l’aĂ©rien sous plusieurs angles au fil de mon parcours. J’ai commencĂ© au sol, puis j’ai travaillĂ© auprĂšs des personnes Ă  mobilitĂ© rĂ©duite, avant de devenir hĂŽtesse de l’air. J’ai volĂ© trois saisons chez Air Corsica. Aujourd’hui, je suis copilote sur Citation 650 en aviation d’affaires. Mon parcours n’est pas linĂ©aire, mais il m’a permis de comprendre l’aviation dans sa globalitĂ©.

Q :  Comment est née ton envie de devenir pilote ?

J’ai toujours voulu ĂȘtre pilote, mĂȘme si personne dans ma famille ne travaillait dans ce milieu. Pendant longtemps, je pensais que la seule voie possible Ă©tait trĂšs acadĂ©mique, avec des concours. C’est en discutant avec des pilotes que j’ai dĂ©couvert les Ă©coles privĂ©es. À partir de lĂ , le projet est devenu concret et accessible.

Q :  Qu’est-ce qui t’a dĂ©cidĂ©e Ă  te lancer dans cette reconversion ?

Le dĂ©clic est vraiment arrivĂ© pendant le Covid. Mon activitĂ© en tant qu’hĂŽtesse de l’air s’est arrĂȘtĂ©e brutalement, notamment Ă  cause du caractĂšre saisonnier de mon emploi. Je me suis dit que c’était le moment idĂ©al pour me lancer et concrĂ©tiser ce projet que j’avais en tĂȘte depuis longtemps. J’ai montĂ© mon financement, je me suis inscrite, et je suis partie en formation.

Q :  Comment s’est dĂ©roulĂ©e ta formation pilote ?

J’ai intĂ©grĂ© une formation intĂ©grĂ©e en mars 2021, parce que je voulais aller vite. Quand on est en reconversion, on ne peut pas mettre sa vie entre parenthĂšses : il faut gĂ©rer le logement, la vie personnelle
 tout en avançant dans la formation.

J’ai terminĂ© ma formation pilote en octobre 2022, puis j’ai enchaĂźnĂ© directement avec une formation instructeur, finalisĂ©e fin 2022. C’était une pĂ©riode intense, surtout au niveau de la thĂ©orie, qui demande beaucoup de rigueur et de discipline.

Q :  Qu’est-ce qui t’a permis de tenir pendant cette pĂ©riode exigeante ?

Clairement, la motivation et la dĂ©termination. J’avais un objectif trĂšs clair en tĂȘte, et je m’y suis accrochĂ©e sans me laisser d’alternative.

Q :  En quoi consiste ton mĂ©tier aujourd’hui en aviation d’affaires ?

Je suis copilote sur Citation 650 dans une structure privĂ©e. C’est un environnement particulier, trĂšs diffĂ©rent de l’aviation commerciale, car il n’y a pas toujours de service “opĂ©rations”. Cela implique une grande autonomie et une forte capacitĂ© d’adaptation.

Q :  Quelles sont concrÚtement tes missions ?

Je m’occupe de la sĂ©curitĂ© des vols et de l’exĂ©cution des missions, mais aussi de la prĂ©paration et du dĂ©pĂŽt des plans de vol. Je gĂšre Ă©galement la logistique passagers, comme les transferts, les demandes spĂ©cifiques ou l’organisation Ă  destination.

Il y a aussi toute une partie liĂ©e Ă  l’avion : le suivi de la maintenance, la coordination avec les mĂ©caniciens et la gestion du planning. C’est un mĂ©tier trĂšs polyvalent, oĂč l’on touche Ă  beaucoup de domaines.

Q : À quoi ressemble une journĂ©e type pour toi ?

Ça dĂ©pend beaucoup des missions, mais il y a toujours une grosse part d’anticipation. En gĂ©nĂ©ral, on arrive environ deux heures avant le dĂ©part pour prĂ©parer le vol, effectuer les vĂ©rifications, gĂ©rer le carburant et accueillir les passagers.

Q : Quelles qualités sont essentielles dans ton métier ?

L’adaptabilitĂ© est primordiale. Il faut ĂȘtre capable de s’ajuster rapidement Ă  de nouveaux environnements et Ă  des situations qui Ă©voluent vite.

La communication et le travail en Ă©quipage sont Ă©galement essentiels, notamment dans le cockpit, oĂč la coordination est clĂ© pour la sĂ©curitĂ©.

Q : Ton parcours scolaire est assez atypique. Comment le perçois-tu aujourd’hui ?

Je n’avais pas un parcours “parfait”. J’étais trĂšs investie dans ce qui me passionnait, mais moins dans le reste. J’ai fait un bac scientifique, puis un BTS technico-commercial, avant de devenir hĂŽtesse de l’air.

En parallĂšle de ma formation ATPL, j’ai mĂȘme suivi un BTS diĂ©tĂ©tique Ă  distance avec le CNED. Avec le recul, je ne regrette rien. Au contraire, cela fait aujourd’hui la richesse de mon profil.

Q : Qu’est-ce que ce parcours t’a apportĂ© ?

Aujourd’hui, je peux dire que j’ai occupĂ© presque tous les rĂŽles dans un avion : au sol, en cabine, et maintenant au cockpit. Cela me donne une vision globale du mĂ©tier et une vraie comprĂ©hension de l’ensemble de la chaĂźne.

Q : Tu es aussi engagĂ©e dans l’association RĂȘves de Gosse. Peux-tu nous en parler ?

Oui, je suis engagĂ©e depuis 2019. L’objectif est de favoriser l’inclusion du handicap dĂšs l’enfance. Des enfants “ordinaires” et “extraordinaires” construisent un projet ensemble, puis vivent une expĂ©rience aĂ©rienne.

Q : Qu’est-ce que cette expĂ©rience t’apporte personnellement ?

C’est difficile Ă  expliquer
 On reçoit Ă©normĂ©ment d’amour. C’est une vĂ©ritable leçon de vie, qui permet de relativiser beaucoup de choses.

Il y a aussi une cohĂ©sion incroyable entre les pilotes, qu’ils soient amateurs ou professionnels. Il n’y a aucun jugement, juste une cause commune.

Q : Comment perçois-tu ta place en tant que femme pilote ?

C’est un milieu encore trĂšs masculin, et j’ai parfois Ă©tĂ© confrontĂ©e Ă  des remarques ou Ă  des mentalitĂ©s un peu anciennes. En formation, nous Ă©tions peu nombreuses.

Mais je vois une vraie Ă©volution aujourd’hui : de plus en plus de femmes se lancent et prennent leur place dans ce secteur.

Q : Quel message aimerais-tu faire passer à celles et ceux qui hésitent ?

Si c’est vraiment ce que vous voulez faire, foncez. Sinon, vous risquez de garder un regret.

Q : Quels sont, selon toi, les réalités du métier de pilote ?

C’est un mĂ©tier passion, mais qui demande des concessions. Les horaires sont dĂ©calĂ©s, il y a peu de routine, et on est parfois loin de chez soi.

Mais quand on aime vraiment ce métier, la passion compense largement ces contraintes.

Q : Comment vois-tu ton avenir dans l’aĂ©rien ?

Je suis confiante. L’aĂ©ronautique Ă©volue beaucoup, que ce soit sur le plan technologique ou environnemental.

Pour l’instant, je m’épanouis en aviation d’affaires, notamment grĂące Ă  la variĂ©tĂ© des missions et Ă  l’expĂ©rience que j’accumule. Mais je reste ouverte Ă  toutes les opportunitĂ©s.

Q : Avec le recul, quel regard portes-tu sur ton parcours ?

Je ne regrette absolument pas ma reconversion. J’aime apprendre, progresser et avancer Ă©tape par Ă©tape.

Un mot pour conclure ?

Aujourd’hui, j’ai l’impression que la boucle est bouclĂ©e. J’ai trouvĂ© ma place dans un mĂ©tier qui me passionne et qui me fait grandir chaque jour.



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