Q : Pour commencer, pouvez-vous vous présenter et retracer votre formation ?

Je m’appelle Henri Morland et je suis ingénieur spécialisé en aéronautique et en aérospatial. J’ai obtenu deux diplômes : le premier à l’Institut des Sciences de l’Ingénieur de Nancy, le second à l’École Supérieure des Techniques Aérospatiales, qui m’a permis d’approfondir ma spécialisation. À la fin de mes études, j’ai intégré l’Aérospatiale, avant ses différentes évolutions de nom, et j’y ai passé environ vingt-cinq années.

Q : Quels ont été les grands axes de votre carrière et sur quels projets avez-vous travaillé ?

J’ai commencé ma carrière dans le domaine militaire, où j’ai travaillé pendant une quinzaine d’années sur des propulseurs embarqués à bord de sous-marins, notamment dans le cadre des programmes M4 puis M5. J’ai ensuite rejoint le secteur civil pour participer au développement d’Ariane 5, et plus précisément des Étages d’Accélération à Poudre. Ces boosters, chacun pesant près de 200 tonnes et développant environ 500 tonnes de poussée, sont des éléments impressionnants de puissance et d’ingénierie. J’ai participé à de nombreux essais, aussi bien en vol qu’au banc, notamment en Guyane, où l’énergie dégagée est telle que le flux brûlant peut faire disparaître plusieurs dizaines de centimètres de béton en quelques minutes.
Mon parcours m’a également conduit à travailler sur le programme Vega et à collaborer régulièrement avec des équipes européennes. Dans cet environnement international, l’anglais est naturellement devenu la langue de travail.

 

Q : À quoi ressemblait l’environnement industriel dans lequel vous évoluiez ?

À l’époque, Aérospatiale regroupait de nombreux métiers répartis sur plusieurs sites en France : fusées, hélicoptères, avions, systèmes militaires ou encore installations dédiées aux poudres et aux propergols. Pour ma part, je travaillais principalement en région parisienne, au sein des équipes fusées. Cet écosystème était extrêmement diversifié, impliquant des compétences en mécanique, pyrotechnie, électronique, chimie, logiciels ou encore matériaux. C’est une caractéristique forte de l’aéronautique : quasiment tous les profils techniques y trouvent leur place.

 

Q : Comment votre rôle a-t-il évolué au fil des années ?

J’ai commencé comme ingénieur sur un propulseur avant de prendre la responsabilité de l’ensemble des propulseurs du programme M4, ce qui impliquait la gestion d’une équipe. Par la suite, j’ai rejoint Ariane 5, où mes responsabilités se sont élargies jusqu’à devenir adjoint au chef de programme des boosters. Ce poste exigeait une forte dimension technique, mais aussi un volet administratif important, qui me convenait un peu moins.
À 50 ans, j’ai choisi de quitter l’entreprise, non par lassitude mais pour réorienter ma vie. J’ai ensuite réalisé quelques missions ponctuelles, notamment autour du programme Vega, avant de mettre un terme définitif à mon activité professionnelle.

Q : Quels moments ou réalisations vous ont le plus marqué ?
Le programme Ariane 5 est sans doute l’un des plus forts souvenirs de ma carrière. À l’exception du premier vol, l’histoire des boosters a été jalonnée de réussites, et j’ai été fier de contribuer à cette aventure, couronnée pour moi par la Médaille de l’Aéronautique. Le programme M4 constitue également une étape importante.
Certains aspects restent particulièrement impressionnants, comme la puissance des boosters à poudre. Le rayonnement thermique est tel qu’une caméra non protégée ne survivrait pas deux secondes à proximité du carneau. Dans ce contexte, les moteurs à ergols liquides paraissent presque sages.
Le domaine comportait aussi des enjeux importants de sécurité : essais réalisés depuis des bunkers, coordination avec les aéroports proches en cas d’aléas. Enfin, l’un des aspects les plus marquants reste la dimension humaine : beaucoup de difficultés se résolvent grâce au dialogue et à la confiance entre partenaires.

Q : Quel parcours d’études avez-vous suivi et quelles compétences se sont révélées essentielles ?
Après un baccalauréat scientifique où je maitrisais bien les mathématiques, je suis entré directement en école d’ingénieur. Cette voie m’a demandé un fort investissement, car je devais atteindre rapidement le niveau de camarades sortant de classes préparatoires. La première année était d’ailleurs très sélective.
Je me suis ensuite spécialisé en aéronautique et en aérospatial, avec des cours portant sur l’avion, la fusée ou encore l’aérodynamique. Plusieurs stages et formations ont enrichi mon parcours, notamment à l’Institut von Kármán à Bruxelles, ou lors de visites industrielles et formations techniques.
Au fil de ma carrière, certaines compétences sont devenues déterminantes : la maîtrise des mathématiques et de la physique, des notions de mécanique, de pyrotechnie et de matériaux haute température, mais aussi la capacité à lire un plan industriel, essentielle sur le terrain. L’anglais professionnel s’est révélé indispensable dans les projets européens, un niveau scolaire ne suffisant pas. D’autres qualités plus humaines, comme la coopération internationale, la gestion d’équipes et le respect des procédures, ont également joué un rôle majeur.

Q : Comment le secteur a-t-il évolué au cours de votre carrière ?
L’aéronautique et l’aérospatial forment un univers très large, où coexistent une multitude de métiers et de spécialités. Les matériaux n’ont cessé d’évoluer vers davantage de légèreté et de résistance, notamment avec l’utilisation croissante des fibres de carbone ou des composites haute performance. Les propergols sont devenus plus énergétiques, mais aussi plus sensibles, ce qui a conduit à des exigences de sécurité et de traçabilité renforcées.
Les financements représentent un enjeu constant : longtemps soutenus par l’État, les programmes bénéficient aujourd’hui parfois de nouvelles sources comme le tourisme spatial, même si ce dernier reste marginal. Les tendances actuelles montrent une montée en puissance des technologies hypersoniques et des systèmes de commande toujours plus sophistiqués.

 

Q : Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui envisagent ce domaine ?
La motivation est un élément clé : il faut être réellement intéressé par l’aéronautique ou l’espace pour s’y épanouir. Une base solide en mathématiques et en physique est indispensable, quels que soient les métiers visés. Poursuivre une formation en école d’ingénieur, si possible avec une spécialisation aéronautique, constitue une excellente voie d’accès, même si les écoles de techniciens offrent elles aussi de belles perspectives, parfois complétées par une évolution interne.
Multiplier les stages, les visites et les expériences de terrain permet d’affiner ses choix et de mieux comprendre l’industrie. L’anglais doit devenir un outil quotidien. Savoir lire un plan industriel est un atout précieux. Enfin, soigner ses relations humaines est essentiel : de nombreuses avancées reposent sur la confiance et la qualité des échanges.

 

Q :  Qu’est-ce qui vous a le plus enthousiasmé dans votre carrière ?
Ce métier m’a passionné en raison de sa grande diversité. La variété des sujets techniques, la richesse des collaborations humaines, en particulier au niveau européen, et les défis renouvelés font de l’aéronautique et de l’aérospatial un environnement stimulant. Chaque projet apportait un nouveau contexte, de nouveaux interlocuteurs, et c’est cette dynamique qui m’a conduit à travailler avec enthousiasme pendant plus de vingt ans.

 

Q : Quelles sont vos plus grandes satisfactions professionnelles ?
Parmi mes fiertés figurent mes contributions aux programmes M4 et Ariane 5, ainsi que la Médaille de l’Aéronautique qui m’a été décernée. Je retiens surtout que j’ai mené une carrière qui m’a rendu heureux, au sein d’équipes soudées, avant de faire un choix personnel assumé en partant à 50 ans pour profiter d’une nouvelle étape de vie.

 

Q : Quel message souhaiteriez-vous transmettre aux jeunes générations ?
Si vous êtes attirés par l’espace, le vol ou les technologies associées, vous trouverez forcément votre place dans ce domaine. L’aéronautique et l’aérospatial couvrent presque tous les champs techniques imaginables. Avec de la curiosité, du travail et un bon sens des relations humaines, c’est un univers qui peut offrir une carrière passionnante et profondément enrichissante.

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